Alphonse, cousin de Théo, est † pour La France le 25 février 1945

Publié le par Jo

Alphonse, fils de Germain Aulnette et d'Adélaïde Guiheux, né le 29 mai 1916 à La Touche en La Bosse de Bretagne, entre sous les drapeaux en 1937 pour effectuer son service militaire. Deux ans plus tard, au moment où il s’apprête à recevoir la quille, la guerre éclate. Sans avoir la possibilité de repasser par son village natal, il est mobilisé au 71ème régiment d'infanterie alpine et comme des milliers de soldats de sa génération, il séjourne dans différents lieux durant toute la période appelée " la drôle de guerre". Le 17 octobre 1939, au moment où il envisage d'aller voir Théo, situé à seulement à quelques km, il reçoit l'ordre de se tenir près à partir pour un nouveau cantonnement. Alphonse et Théo ne se reverront jamais.

Il est stationné à Lens le 10 juin 1940 lorsqu'il est fait prisonnier. Ensuite il est momentanément enfermé dans la forteresse de Laon.

Avant d'être capturé, Alphonse a eu la possibilité de s'évader à plusieurs reprises mais il n'a pas pris le risque pour deux raisons contradictoires. Il imaginait une libération proche et paradoxalement, il craignait des représailles. Trois de ses frères: Alexis, Germain et Arsène étaient eux aussi mobilisés et il voulait protéger deux autres frères plus jeunes: André et Rémi, épargnés car ayant quatre frères à la guerre...

Alphonse est détenu au stalag XI B d'Hammerstein, en Allemagne, sous le matricule 95706 et affecté au commando 629. Il est employé dans une exploitation agricole à Carolina-Netzekreis (dans la province de Poméranie en Allemagne à l'époque, à Rychlik en Pologne aujourd'hui) lorsque le 25 février 1945, vers 17 heures, il est mortellement blessé au cours d'un combat entre des troupes russes et des troupes allemandes, près de la ferme où il travaille.

le 24 avril 1945 en fin d'après midi, Germain, le père d'Alphonse, s'empresse d'aller rendre visite à Théo, neveu et voisin, qui vient tout juste de rentrer de captivité et il dit:« qu’est-ce que ça va nous faire drôle quand Alphonse va revenir parmi nous... », se souvient Madeleine, la fille de Théo... mais Alphonse ne reviendra pas... Il est décédé depuis deux mois et sa famille ne le sait pas. Elle ne sera avisée que le 13 septembre suivant. Ce jour là, L'abbé Heudiard, Curé de La Bosse, reçoit une lettre annonçant la triste nouvelle. Le courrier a été envoyé par René Beureux, camarade de captivité d'Alphonse, domicilié à Mathay, dans le Doubs. Quand l’Abbé Eudiard arrive à La Touche pour prévenir ses parents, Adélaïde et certains de ses enfants sont là...

Témoignages recueillis auprès de ses frères et sœurs en ce début d'année 2015:

  • Marcel (1931): «je me souviens être allé chercher Papa à la ferme voisine exploitée par Alphonse Chevrel, lorsque L'abbé Heudiard est venu annoncer le décès... Je garde le vague souvenir d'avoir entendu Alphonse siffler, c'était à l'occasion d'une permission.

  • Rémi (1924): je me rappelle que l'été suivant, je rentrait dans l'aire de la ferme avec les chevaux et une charretée de gerbe lorsque René Beureux est venu chez mes parents pour témoigner sur les circonstances de sa mort et qu'il a rapporté ses affaires personnelles, dont sa montre et son portefeuille».

Ce jour là, René Beureux avait affirmé que le soir du dimanche 25 février 1945, Alphonse n’était pas rentré au campement, qu'il avait lui-même participé à sa recherche avec Adrien Bonnaire de Muidorge (Oise) et d'autres copains, qu'il était là lorsqu'il fut retrouvé mort puis et qu'il avait aidé à l'enterrer dans la ferme où il était employé.

René Beureux est repassé avec sa femme voir la famille d'Alphonse dans les années 90.

  • André (1923): «je terminais mon service militaire à Donaueschingen, en Allemagne, lorsqu'il est mort. Je garde l'image d'un jeune homme élégant et distingué qui, avant la guerre, portait un pantalon golf et allait danser tous les dimanches».
  • Yvonne (1927): «Alphonse confectionnait lui-même ses vêtements pendant la guerre. C'était mon frère mais c'était aussi mon parrain. Je conserve précieusement tous ses écrits: lettres et chansons....».
  • Germaine (1921): «En septembre 1939, lorsqu'il fut libéré du service militaire, nous l'attendions à La Touche, il est allé à la guerre... En février 1945, il venait d'être libéré lorsqu'il trouva la mort. Un couvre feu l'obligea à rester une nuit de plus à la ferme où il travaillait et c'est ce soir là qu'il fut abattu par les Russes...».

Jo

Alphonse Aulnette est né le 665ème jour de la première guerre mondiale et il est mort le 2000ème jour de la seconde.
Il a sacrifié huit années de sa vie pour que nous vivions en paix !
La médaille militaire lui a été décernée à titre posthume le 23 avril 1952.

Alphonse, pendant la guerre, vêtu d'un pantalon confectionné par ses soins

Alphonse, pendant la guerre, vêtu d'un pantalon confectionné par ses soins

Photo datant de 1930: de gauche à droite: Germaine (1921); Alexis (1914); Germain, le papa (1884); Germain (1914); Yvonne (1927); Adélaïde, la maman (1888); ALPHONSE (1916); André (1923); Arsène (1919); Rémi (1924); (Marcel naîtra en 1931).

Photo datant de 1930: de gauche à droite: Germaine (1921); Alexis (1914); Germain, le papa (1884); Germain (1914); Yvonne (1927); Adélaïde, la maman (1888); ALPHONSE (1916); André (1923); Arsène (1919); Rémi (1924); (Marcel naîtra en 1931).

Alphonse, cousin de Théo, est † pour La France le 25 février 1945
Prosper yop la boum: 1er couplet et refrain copiés par Alphonse

Prosper yop la boum: 1er couplet et refrain copiés par Alphonse

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Claude Pavan (fille de René Beureux) 27/02/2015 21:49

Quand je prononce ce prénom, une grande émotion se fait en moi. J'ai compris depuis toute petite la vive amitié qui liait mon père à Alphonse. L'histoire nous a été racontée par ma mère à qui mon père
avait parlé. Ils étaient trois amis inséparables (ne pas oublier l'article définit devant chaque prénom, caractéristique familiale) : Le Kabyle, surnommé ainsi car il avait fait la guerre en Kabilie, le René, prénom de mon cher père surnommé le Naine, et l'Alphonse. Les russes sont arrivés en Allemagne, tuant tout le monde sur leur passage. Kabyle, Alphonse et mon père ne se sont pas méfiés car les russes étaient alliés de la France. Cette confiance couta la vie à Alphonse, qui fut tué devant les yeux du Kabyle et de mon père. Le lendemain avant la levée du jour, ils se levèrent pour aller enterrer sur place ce pauvre Alphonse dans la plus grande discrétion. Mon père prit son porte-feuille et sa montre pour les redonner à sa famille. Mon père, lui, a eu le fusil sur la nuque. J'imagine la tristesse et le respect que l'on doit ressentir en creusant la terre pour y déposer son meilleur ami de détention. En revenant en France, mon père alla dans la famille d'Alphonse. Il y fut reçu comme un frère. Ils échangèrent longtemps un courrier de bonne année. Au mariage de mes parents, alors que c'était encore les restrictions, la famille d'Alphonse envoya du beurre qui suscita un grand remerciement, car cette denrée ne pouvait être achetée qu'avec des tickets. Puis un jour, mes parents décidèrent d'aller en Bretagne pour retrouver la famille d'Alphonse. Ils furent reçus comme des princes, chez chaque frère et soeur et mon père en gardera un souvenir émouvant.
J'ai tellement ressenti l'amitié entre Alphonse et mon père que lorsque ce dernier mourut, je voulus faire une sorte de pèlerinage en Bretagne et j'allai retrouver ses frères et soeurs. Je me suis recueillie sur la tombe d'Alphonse en le remerciant d'avoir donné toute son amitié à mon père. Les histoires d'amitié vraie comme celle-ci me tirent encore les larmes des yeux.
Si le ciel existe, ils se sont retrouvés les trois et de là-haut doivent se réjouir qu'on parle encore d'eux, des sanglots dans la voix.